J’aurai aimé garder mes larmes,

Les retenir ne serait-ce encore un peu.

Qu’elles ne jaillissent ni ne trahissent cette affliction profonde qui m’habite.

Qu’elles continuent de se déverser à l’intérieur de moi car elles sont ce qui m’est le plus cher et que j’abrite.

Elles sont l’élixir de mon âme.

La quintessence même de cette chair éthérée qui est la grâce, la pureté d’un cœur qui embrasse.

Un trésor mystique dont la si douce musique m’ensorcèle à chaque note versée.

Laisser jouer mes pleurs et que cette ensorceleuse mélopée aussi éphémère soit elle continue de me bercer à l’intérieur.

Des larmes prophétiques annonciatrices de jours meilleurs.

Des larmes étranglées qui ne demandent qu’à se libérer.

Des larmes de survie où se noient ma mélancolie.

J’aurai aimé les garder égoïstement, les enfermer.

Les empêcher de se répandre aux yeux de tous.

Les ravaler avec fierté ces messagères d’un cœur accablé qui m’éclaboussent.

Des perles de regrets, de tristesse ou même de joie,

Des perles qui n’en finissent pas.

Épaisses et écorchées elles émergent des profondeurs de mes entrailles pour me parer d’un collier qui m’entaille.

Des perles percées à vifs qui laissent s’écouler de leur écrin un nectar acidulé bien trop longtemps captif.

Des larmes qui s’épanchent, qui confient et qui murmurent.

Des larmes rosée de ma moelle qui suintent de mon étroite armure.

Mes larmes qui contiennent toute la pudeur d’un sanglot,

Et qui,

Aussitôt sur mes joues,

Inexorablement se meurent.

Catégories

Elia Lutz