Ma princesse au Petit Poids

C’est pour ne jamais oublier qui tu es, qui tu as été et qui je suis. Tu m’as enfantée il y a 46 ans et aujourd’hui je suis auprès de toi dans tes derniers instants d’une vie qui s’égrène, inexorablement. Je partage ton quotidien, toi allongée dans ton lit et moi qui suis là encore apprentie d’une existence ces derniers temps si meurtrie. Dures épreuves partagées, je te regarde toi ma Princesse au Petit Poids à l’apparence trompeuse. Dans ta chemise de nuit bien trop grande aujourd’hui, ton corps frêle ressemble à celui d’une enfant déjà marquée par le temps. Tes yeux de biche posent un regard tantôt effrayé tantôt émerveillé sur cet espace qui se réduit. Tes doigts de fée quelques peu recourbés sont agrippés à ta couverture comme si tu semblais vouloir te cacher. Tes cheveux noirs ébènes sont devenus de cendres depuis bien longtemps et ta peau hâlée c’est quelque peu délavée aussi avec le temps. De temps à autre se dessine sur ton visage un sourire toujours aussi éclatant qui réchauffe mon cœur un peu gelé. C’est qu’il y fait si froid à l’intérieur de moi. Ma Princesse au Petit Poids tu as été ma demeure et je te regarde là toi qui doucement se meurt. Triste présage et pourtant la vie est faite d’hivers et de printemps, d’instants évanescents. Verras-tu ton pommier en fleurs ?

Je regarde une photo de tes vingts ans, tu portais une jolie robe année 50 avec les airs d’une Audrey Hepburn. Tu as ce même port de tête si élégant ma jolie maman. J’aime m’imaginer la jeune femme que tu étais. Des rêves pleins la tête, tu avais déjà croisé le regard irisé de celui qui allait devenir ton mari, le Errol Flynn de ta vie. Si tu savais comme je regrette aujourd’hui de n’avoir plus tôt écrit. Tu me dis des mots que je ne comprends pas, tu m’interroges, me questionnes je le vois. Cette photo qu’éveille t-elle en toi ? T’en souviens tu ? Tiens une photo de toi enfant, pendant la guerre évidemment. De sombres années que tu as traversées. Je me rappelle des récits que tu nous racontais, les bombardements, les cachettes, la neige qui n’en finissait pas… Ma Princesse au Petit Poids ton si beau sourire, ton regard rieur, ta fraîcheur. Quel âge pouvais-tu bien avoir ? 10 ans ? 12 ans au plus ? Je me reconnais quelque peu en toi, ces yeux en amande, la forme du visage. Cette même candeur et l’innocence d’une tendre enfance. Je te regarde et je me demande où te trouves-tu, tu me sembles par moment si perdue. Tiens…, tu t’es endormie, si fatiguée par les épreuves de la vie. Dors ma jolie Princesse au Petit Poids, demain à ton réveil je serai toujours là.

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Elia Lutz